Rats en milieu urbain : des risques zoonotiques réels

Mis à  jour le lundi 23 avril 2018 à 17:46
Qu'il s'agisse d'un rat sauvage ou d'un Nac, cette espèce peut transmettre de nombreuses maladies. Qu'il s'agisse d'un rat sauvage ou d'un Nac, cette espèce peut transmettre de nombreuses maladies. Kichigin19-Adobe

Jeanne BRUGÈRE-PICOUX

Professeur honoraire de l'école vétérinaire d'Alfort

Santé publique

Plusieurs facteurs environnementaux et sociétaux expliquent la prolifération du rat brun (Rattus norvegicus) en milieu urbain. Le risque sanitaire véhiculé par cette espèce est bien réel avec la transmission possible de zoonoses virales, bactériennes ou parasitaires.

Alors que l'on pensait que le rat brun (Rattus norvegicus) était surtout présent dans les égouts et les berges des fleuves ou de certains plans d'eau, les parisiens ont pu constater une augmentation de leur présence dans les rues et les parcs, en particulier du fait de la présence d'une nourriture facilement accessible (poubelles Vigipirate, aires de pique-nique avec des résidus de repas, eau ad libitum...) mais aussi d'une modification de leur environnement (par exemple, une crue de la Seine).

Paradoxalement, on peut constater que, face à cet animal considéré comme nuisible, nous avons assisté à un engouement pour cette espèce en tant que nouvel animal de compagnie, en particulier après le film Ratatouille représentant un rat brun en chef sympathique dans la cuisine d'un grand restaurant.

Qu'il s'agisse d'un rat sauvage ou d'un Nac, cette espèce peut transmettre de nombreuses maladies, le risque accru de contact entre l'animal sauvage et l'Homme pouvant varier en fonction de plusieurs facteurs.

Risque viral

En premier lieu, ce risque de zoonose peut être viral.

Dans le cas d'une hantavirose, la contamination s'effectue principalement près des nids de rats par inhalation d'aérosols, le virus étant excrété par les urines. Il peut s'agir des virus Puumala, Tula ou Séoul responsables respectivement d'une néphropathie épidémique, d'une hématurie ou d'une fièvre hémorragique avec syndrome rénal.

Les sérotypes 3 et 4 du virus de l'hépatite E sont principalement hébergés par le porc mais ce virus surtout dangereux chez la femme enceinte (25 % de mortalité) peut être aussi présent chez d'autres espèces comme le rat ou dans l'environnement, notamment près des élevages de porcs.

En France, les rats peuvent être porteurs asymptomatiques du virus du cowpox qui fut utilisé autrefois pour vacciner contre la variole humaine. La contamination humaine s'effectue par la voie cutanée soit directement soit indirectement par l'intermédiaire d'un chat.

Rappelons aussi l'importation du virus de la variole du singe par des rats de Gambie importés d'Afrique vers les Etats-Unis en 2003 et ayant contaminé 71 jeunes enfants par l'intermédiaire de chiens de prairie (rongeurs utilisés comme Nac). Enfin, le rat peut être aussi porteur de l'arénavirus de la chorioméningite lymphocytaire, comme plusieurs rongeurs.

Risque bactérien

Les zoonoses d'origine bactérienne transmises par le rat sont plus fréquentes. C'est le cas en particulier de la leptospirose, maladie professionnelle qui peut se révéler grave chez les égoutiers ou les agriculteurs travaillant sur des terrains marécageux mais il s'agit aussi d'une maladie de loisir lors d'une baignade dans une eau contaminée.

La bactérie responsable, principalement Leptospira interrogans, est présente dans les urines. Elle se transmet surtout par la voie transcutanée ou muqueuse (voie rhinopharyngée lors d'une baignade).

Les salmonelloses d'origine animale sont des zoonoses majeures. Si la principale cause de salmonellose chez l'Homme en Europe est la consommation de Salmonella Enteritidis dans les oeufs crus et les ovoproduits, les rats sont souvent la cause de la contamination des poulaillers ou de l'environnement de l'Homme en zone urbaine.

Un autre risque souvent méconnu est la fièvre de la morsure du rat où la bactérie principalement responsable, Streptobacillus moniliformis, est un hôte habituel de la cavité buccale du rat. Cette maladie peut se révéler rapidement mortelle par septicémie par l'absence d'une antibiothérapie précoce.

Il a été aussi montré en France que le rat pouvait contaminer, par l'intermédiaire de sa puce Xenopsylla cheopsis, des sans domicile fixe avec des bartonelles (Bartonella elizabethae) et ainsi provoquer une rétinite et une endocardite.

D'autres bactéries à l'origine d'une infection humaine, le plus souvent des toxi-infections, peuvent être véhiculées par le rat : Staphylococcus aureus méticillinorésistant, Staphylococcus pseudintermedius méticillinorésistant, Escherichia coli O157:H7, Mycobacterium bovis, Streptococcus pneumoniae, Campylobacter spp., Yersinia pseudotuberculosis et Clostridium difficile, sans que l'on connaisse l'importance du rôle joué par le rat dans les maladies humaines.

Enfin signalons que la puce du rat peut encore véhiculer dans certains pays les agents du typhus murin (Rickettsia typhi) et de la peste bubonique (Yersinis pestis).

Risque parasitaire

En France, le rat est aussi impliqué dans des zoonoses parasitaires. Il peut être porteur d'un nématode, la trichine (Trichinella spiralis) qui provoque par ingestion une gastro-entérite. Cette ingestion s'effectue par l'intermédiaire de la viande consommée crue ou insuffisamment cuite du porc (ou du cheval) ayant pu ingérer un rat parasité.

Comme de nombreuses espèces, le rat peut être aussi réservoir des toxoplasmes (Toxoplasma gondii) et des cryptosporidies (Cryptosporidium spp.).

Un autre nématode parasite du foie chez le rat, Capillaria hepatica (anciennement Calodium hepaticum) provoquera une capillariose hépatique.

En milieu urbain, la contamination humaine résulte d'un défaut d'hygiène et concerne principalement les enfants pouvant ingérer des oeufs de parasites présents dans l'environnement.

Par ailleurs, une autre zoonose parasitaire, due à un cestode, Hymenolepis spp., à tropisme intestinal, n'est pas observée en France.

Enfin, comme pour de nombreuses autres espèces animales, le rat peut être porteur d'une teigne (Trichophyton mentagrophytes) sans montrer pour autant une lésion visible. La lésion chez l'Homme est circulaire, prurigineuse et nécessite un traitement antifongique.

Conclusion

L'observation de rats dans un environnement urbain, voire dans des habitations, représente donc une menace en santé publique justifiant de limiter le nombre de ces rongeurs nuisibles.

Enfin, il importe de connaître aussi les risques liés au rat en tant que Nac pour de jeunes enfants.