Le dromadaire, nouvelle espèce touchée par un prion

Mis à  jour le jeudi 19 avril 2018 à 10:24
Dans les élevages atteints, la maladie semble être apparue à partir de 1980 et évoluait vers un décubitus et la mort en 3 à 8 mois. Dans les élevages atteints, la maladie semble être apparue à partir de 1980 et évoluait vers un décubitus et la mort en 3 à 8 mois. ChantalS-Fotolia.com

Jeanne BRUGÈRE-PICOUX

Professeur honoraire de l'école vétérinaire d'Alfort

Épidémiologie

Des scientifiques algériens et italiens décrivent une infection par des prions chez des dromadaires en Algérie. Les examens confirment l'existence d'une encéphalopathie spongiforme due à un prion chez trois animaux.

La revue du centre de contrôle (CDC) des maladies infectieuses d'Atlanta publie en juin prochain* un article décrivant l'émergence d'une nouvelle espèce touchée par les maladies à prions : le dromadaire.

Depuis l'apparition de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), de nouvelles souches de prions ont pu être observées (souches ESB atypiques de types L et H différentes de l'ESB classique ou ESBc, souches de tremblante atypique chez des moutons " résistants " à la tremblante, découverte de la maladie du dépérissement chronique (MDC) des cervidés en Norvège et en Finlande).

Pour la première fois, une équipe de scientifiques algériens et italiens signale la possibilité d'une infection par des prions chez le dromadaire (Camelus dromedarius). Celle-ci a été détectée à l'abattoir de Ouargla en Algérie et dénommée camel prion disease ou CPD (maladie à prion du chameau ou MPC).

Troubles nerveux

Les examens ante mortem à l'abattoir avaient permis d'observer une augmentation des troubles nerveux chez les dromadaires adultes. Les animaux présentaient des troubles du comportement (agressivité) et des difficultés locomotrices (des vidéos pourront être observées dans la version définitive de l'article publié en juin).

Dans les élevages atteints, la maladie semble être apparue à partir de 1980 et évoluait vers un décubitus et la mort en 3 à 8 mois.

Les prélèvements réalisés sur trois dromadaires suspects et un autre apparemment sain (cerveau, noeuds lymphatiques) ont été analysés (immunohistochimie, western blot, analyse du gène PrP).

L'examen histologique et histochimique a confirmé les lésions d'une encéphalopathie spongiforme due à un prion chez les trois animaux suspects. La protéine prion a été également mise en évidence principalement dans les noeuds lymphatiques cervicaux et préscapulaires.

Animaux âgés de plus de 8 ans

La protéine prion infectieuse (PrPres) est différente de celle de la tremblante classique ou de l'ESB (poids moléculaire plus élevé).

Parallèlement à ces analyses de laboratoire, une étude rétrospective a été réalisée sur les dromadaires ayant présenté des signes nerveux à l'abattoir de Ouargla en 2015 (20 sur 937) et 2016 (51 sur 1 322) soit 3,1 % des dromadaires amenés à l'abattoir.

Tous les animaux étaient âgés de plus de 8 ans. Ce taux de 3,1 % peut sembler important pour cette maladie émergente. Pour les auteurs, il peut être considéré comme fiable du fait de la découverte de la maladie chez les trois dromadaires suspects et de la présence de la protéine prion dans les noeuds lymphatiques comme dans le cas de la tremblante et de la MDC qui sont considérées comme transmissibles par la voie horizontale par l'intermédiaire de l'environnement mais aussi par la voie verticale.

Contamination alimentaire non exclue

Si une contamination iatrogène peut être écartée car il n'y a pas eu de programme de vaccination chez ces dromadaires, un risque de contamination d'origine alimentaire n'est pas exclu.

Face à l'émergence de cette maladie touchant une espèce d'élevage importante en Afrique et au Moyen-Orient, il importe maintenant d'évaluer son incidence dans les différents pays ainsi que le risque qu'elle peut représenter pour l'Homme.

* Babelhadj B, Di Bari MA, Pirisinu L, Chiappini B, Gaouar SBS, Riccardi G, et al. Prion disease in dromedary camels, Algeria. Emerg Infect Dis. 2018 Jun (consulté le 15 avril 2018) https://doi.org/10.3201/eid2406.172007 https://www.cdc.gov/Other/disclaimer.html